La classe inversée pour une pédagogie inclusive

Par Fatima Khlifi

Plusieurs fois par semaine en entrant dans ma salle de classe, vous découvrirez des élèves attentifs face au TBI. Ces élèves visionnent une vidéo déjà vue à la maison pour la majorité. J’ai découvert l’enseignement en classe inversée en suivant un enseignant de science d’une école secondaire anglophone sur Twitter. Cette méthode est appelée « flipped classroom » en anglais. Le principe est simple, les élèves reçoivent un lien vidéo dans leurs devoirs qu’ils visionnent à la maison. Cette vidéo contient les contenus théoriques de la leçon de la semaine suivante et un petit jeu-questionnaire à la fin du visionnement à réaliser avec l’aide des parents. Ainsi le temps de la salle de classe est consacré à la révision des concepts et la mise en application des apprentissages.

J’ai adopté cette stratégie d’enseignement en observant mes élèves lors des leçons que je présentais de façon plus traditionnelle. J’enseigne cette année un niveau double de 1ère-2e année dans une école francophone de Toronto. J’ai auparavant enseigné en 2e puis en 1re année. C’est donc ma troisième année d’enseignement et la mise à l’essai de nombreuses stratégies d’enseignement. À cet âge la capacité d’attention des élèves est très courte, j’estime entre 5 à 7 minutes. Il faut aussi considérer le temps déployé à la gestion des comportements des élèves au tapis. Mes recherches se sont faites tout d’abord sur YouTube puis Idéllo. Les vidéos pédagogiques que j’ai trouvées sur YouTube et Idéllo sont simples et regroupent l’ensemble du contenu du Curriculum de l’Ontario. Mes premières expériences furent un tel succès que j’ai fait des recherches sur cette méthode pour la rendre plus efficace au primaire. Lors de mes lectures sur les interventions efficaces auprès notamment des élèves avec des troubles d’apprentissages, j’ai découvert que la première étape est de varier les méthodes d’enseignement. Les élèves sont attentifs et à l’écoute ce qui améliore la participation lors des questions de compréhension. À l’aide des vidéos, le lien entre le langage réceptif et le langage expressif est facilité. La classe inversée est aussi une bonne méthode pour les élèves ayant des difficultés d’apprentissage. J’ai un élève ayant des défis de communications importants qui démontre une attention et une compréhension des concepts en sciences et mathématiques à la suite du visionnement des vidéos. Son aide-enseignante l’accompagne lors de cette démarche lui permettant ainsi de participer lors des centres d’apprentissage de manière plus autonome.

Le fonctionnement est simple les vidéos sont envoyées sous la forme d’un lien sur une plateforme de partage pour les parents type ClassDojo. Les parents utilisent les informations de la vidéo pour appuyer leur enfant dans ses devoirs grâce aux questions qui l’accompagnent. Ce partage est fait lors de l’envoi de la planification mensuelle et en devoirs de nouveau. Les élèves sont encouragés par l’enseignante à visionner la vidéo à la maison dans le calme avec l’appui de leurs parents. J’effectue un autre visionnement en salle classe avec mes élèves, pour renforcer la rétention du vocabulaire et créer un référentiel simple à afficher en salle de classe. Par la suite, les élèves travaillent en centres d’apprentissage dans la classe. Ils travaillent en petits groupes dans des ateliers que j’ai modélisés en présentant les attentes d’apprentissage. J’accompagne de cette façon un petit groupe d’élèves pour réviser les concepts qu’ils ont découverts lors de la vidéo. Puis au fur et à mesure de la semaine, les élèves travaillent dans des centres d’apprentissage regroupant l’ensemble des attentes du curriculum du domaine introduit lors du visionnement de la vidéo. Les élèves en difficulté sont accompagnés en petit groupe avec une variété de supports tels que l’utilisation du matériel concret de manipulation, les conversations ou le questionnement continu tout au long de leur apprentissage permettant une intervention efficace.

Lors de mes premières expériences de classe inversée, j’avais un peu d’appréhension sur le plan de la sécurité à partager des vidéos trouvées sur YouTube. J’ai moi-même réalisé de courtes vidéos pour l’enseignement de la conscience phonologique. C’est très long et peu efficace à long terme en matière de gestion du temps. J’ai découvert la plateforme Idello lors d’un salon sur l’éducation et j’ai obtenu une courte formation sur le site. Idello est très simple à utiliser et c’est une plateforme où le contenu est sécuritaire pour les enfants. Les parents et les élèves peuvent y accéder gratuitement rendant l’usage simple à la maison.

J’utilise les vidéos d’Idello en Études Sociales principalement pour faire découvrir aux élèves les pays et leur culture. Les vidéos sont accompagnées de fiches pédagogiques pour les enseignants. Par exemple, j’enseigne actuellement les communautés du monde dans le curriculum de 2e année en Études Sociales. Les élèves doivent utiliser le processus d’enquête pour explorer la relation d’interdépendance entre l’environnement physique dans lequel vivent certaines communautés et le mode de vie des habitants de ces communautés. Les séries de vidéos « Là où je dors » et « Bienvenue dans mon pays » sont des documentaires qui répondent aux attentes du curriculum. Ces vidéos sont engageantes, car les élèves découvrent la vie d’autres enfants et peuvent faire des liens avec leur propre vécu.

La participation et l’engagement de mes élèves lors de cette pédagogie d’enseignement inversé m’encouragent à développer ce type d’enseignement pour l’ensemble des matières. Les résultats d’apprentissage obtenus par mes élèves avec cette méthode sont remarquables.

Fatima KhlifiFatima Khlifi
Enseignante EAO
Conseil scolaire Viamonde, Toronto

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