Apprendre en développant la pensée critique : le point de vue de Denis Cousineau

Il y a quelques années, alors que j’étais encore en poste au sein du conseil scolaire OCDSB à Ottawa, j’ai eu le privilège de participer à un atelier donné par un véritable gentleman, Garfield Gini-Newman. J’ai grandement appris et deux idées en particulier se sont collées à ma mémoire à long terme. Pendant ma carrière active, je trouvais important de faire réfléchir mes élèves régulièrement et je crois avoir fait un bon effort pour développer leur pensée critique. Je dois cependant avouer que cela s’est produit un peu par hasard et que ma planification consistait surtout ‘à couvrir la matière, à couvrir le curriculum’. Aujourd’hui, lors de mes webinaires pendant lesquels j’encourage un virage pédagogique, j’invite les enseignants de sortir de ce moule ‘contenu’ et de planifier un modèle axé sur la compétence. En langue seconde, il s’agit de développer 3 compétences à l’oral et 3 compétences à l’écrit : la compréhension, la production et l’interaction. Toutefois, c’est en planification que la pensée critique prend tout son sens lorsque celle-ci est au menu de chaque leçon. Apprendre plein de connaissances sans réfléchir, c’est un peu comme savourer un gâteau au chocolat sans saveurs, sans glaçage. Avec la pensée critique, c’est un peu comme s’assurer qu’il y aura aussi la cerise sur le "sundae"!

 

Deux idées pour inclure la pensée critique au cœur de son approche pédagogique

  1. Le premier conseil que je retiens de cette formation c’est que peu importe la stratégie pédagogique, elle devrait toujours inclure la pensée critique. Je me souviens de son exemple qu’il appelait la stratégie la plus ‘moche’. L’enseignant traditionnel écrit 5 énoncés au tableau et demande aux élèves de copier les 5 énoncés dans leur cahier. Avouons tous que c’est banal, peu engageant! L’enseignant qui injecte la pensée critique de son côté modifie cette tâche de la façon suivante. Il ou elle demande à ses élèves d’inscrire seulement 4 des 5 énoncés dans leur cahier de notes. Toutefois, il y a l’ajout d’une autre dimension : les élèves doivent ensuite discuter avec leurs collègues de l’énoncé qui a été exclu. Tout d’abord, on fait un tour de table à savoir lesquels ont été exclus. Arrive ensuite la meilleure partie :il faut maintenant justifier son choix. Pour justifier ce choix, il faut avoir comparé l’énoncé aux quatres autres, porter un jugement et prendre une décision. Je ne sais trop pourquoi ça m’a marqué, mais l’idée à retenir c’est d’imaginer ce qui se produit lorsque les stratégies pédagogiques sont engageantes, géniales et créatives et qu’en plus le tout est imbu de pensée critique. C’est hallucinant de voir comment on peut amener nos élèves à aller loin avec leurs connaissances.

  2. La deuxième idée que j’ai conservée et que j’ai partagée continuellement par la suite, consiste à demander aux élèves d’observer attentivement les détails sur une photo. Lors de l’atelier, on voyait une rue dans une ville quelconque avec des édifices, des voitures et quelques personnes. M. Gini-Newman nous avait alors demandé d’arriver à trois conclusions : le jour? l’heure? et le mois? Ensuite, nous devions bien entendu en discuter et expliquer comment nous étions arrivés à nos conclusions. Depuis ce jour, je suggère aux enseignants de faire une capture d’écran et d’utiliser cette stratégie pour enclencher la discussion avant de regarder une vidéo. Les trois questions de départ sont bien sûr à créer et à adapter selon le contenu de ces vidéos. En français langue seconde, ça fait partie d’une pédagogie d’étapes et cette première étape permet aux apprenants de puiser dans leurs connaissances et leur vécu. Ça les amène en début de pensée critique, leur permet d’émettre des hypothèses et ensuite, lors de l’écoute des vidéos, de vérifier leur compréhension et de réfléchir sur leur hypothèse de départ.

Voici un exemple de cette stratégie. Vous pouvez poser les mêmes questions à vos élèves :

D’après vous, il est quelle heure sur cette photo? En quelle année a été prise cette photo? Et où? Pour chacune de ces hypothèses, ils doivent justifier.

40rev, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons

Lorsque je présente le CECRL avec le site IDÉLLO, voici une capture d’écran que je propose aux enseignants en leur posant trois questions fondamentales : on est en quelle année? Ce sera une bonne ou une mauvaise histoire que nous allons écouter par la suite? On est où exactement? Comme avec la photo précédente, c’est avant tout l’idée de justification qui doit accompagner les échanges en interaction.

Vidéo Mythe ou réalité? Manger des carottes est bon pour les yeux?

Si vous êtes encore curieux, prenez le temps de réfléchir autour de la question suivante : les carottes sont-elles vraiment bonnes pour les yeux ou est-ce une histoire inventée par nos grand-mères pour nous faire manger des légumes? Vous en pensez quoi?

 

Visionner la vidéo Mythe ou réalité ? Manger des carottes est bon pour les yeux? de la série Top Science (Capsules) sur IDÉLLO

carotte mythe ou réalité

Globalement, je crois qu’il est important de sortir l’école d’un moule ‘bonne réponse ou mauvaise réponse’. Lorsque la pensée critique s’installe dans toutes les situations, elle permet aux élèves de réfléchir constamment et d’être aux aguets par rapport à tout ce qui va s’acquérir. Est-ce que les faits proposés me semblent véridiques, probables? Ensuite, lorsque j'apprends et que j’acquiers des nouvelles connaissances, j'apprends aussi à parfaire mon jugement critique et à émettre des opinions. Puisque cette approche m’oblige constamment à discuter et à échanger, je développe de l’empathie pour les autres car j’apprends à les bien écouter. Ainsi, le respect s’installe en salle de classe ou en ligne.

Enseigner en ligne ou en présentiel, en mode synchrone ou asynchrone se veut continuellement un défi de taille peu importe le palier. Toutefois, le souci d’implémenter des stratégies pédagogiques engageantes, différenciées et adaptées aux besoins des apprenants perdure. Peu importe notre réalité, nous devons tous permettre à nos apprenants de développer tout au long de leur parcours d’apprentissage, une pensée critique basée sur des bases solides.

Amicalement vôtre,

 

Pour ceux qui veulent en connaître d’avantage sur la pensée critique, je vous suggère fortement de consulter le site web suivant dans lequel vous trouverez les coordonnées de Garfield Gini-Newman : The Critical Thinking Consortium

Denis Cousineau
Consultant en langue seconde
Spécialiste du CECR

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