Entrevue
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Nous, aujourd’hui : une exposition sur la créativité des femmes d’expression française au Yukon

Virginie Hamel est gestionnaire en arts et culture à l’Association franco-yukonnaise (AFY) depuis 2013. Son parcours en scénographie et développement international l’a emmenée de Québec à Whitehorse et à plusieurs endroits intermédiaires, à savoir l’Université d’art et design Emily Carr à Vancouver, où elle a approfondi sa pratique des arts visuels. Dans son poste actuel, elle promeut la culture francophone dans toutes ses expressions, que ce soit les arts de la scène, les arts visuels ou la musique, et accompagne les artistes tout au long de leur carrière.

Virginie nous parle de sa plus récente exposition « Nous, aujourd’hui » qui a réuni les œuvres de six artistes francophones du Yukon à la galerie Arts Underground à Whitehorse. Son objectif est de mettre en valeur les réalisations des artistes et d’assurer la visibilité des identités francophones dans la communauté.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi cette exposition correspond à la mission de votre association?

L’exposition met de l’avant des artistes francophones. Ce que l’équipe du service Arts et Culture de l’AFY met de l’avant, c’est l’expression française par le biais des arts et de la culture et par le biais de la communauté. On les met de l’avant avec différentes présentations en arts visuels. Tout le processus artistique qui accompagne ces présentations est présenté en français et en anglais. C’est intéressant de pouvoir échanger avec l’ensemble de la communauté, donc pas juste être dans notre petit cocon francophone, mais de pouvoir connecter et mettre de l’avant l’univers des artistes francophones qui est parfois pas nécessairement compris. On évolue, dans beaucoup de sphères, en solitude. Dans cette communauté, ce qui est intéressant d’expérimenter, c’est de briser ce mur-là et d’avoir une communauté globale, sans pour autant diminuer le fait francophone et faire passer ces artistes dans la masse. L’idée est de travailler tous ensemble et de mettre en valeur la francophonie à travers ça.

Selon vous, comment les arts et la culture contribuent-ils au développement des communautés francophones au Canada?

C’est de partager une richesse. Pour moi, l’univers et la culture francophone, le “background” de ces artistes, est très différent des artistes anglophones, simplement parce qu’à la base, peu importe d’où on vient, la langue c’est qui on est. C’est l’univers qu’on porte en nous comme artiste dès le début, dès qu’on est tout petit, c’est le fondement de notre imagination. C’est un autre univers qui se bâtit dans notre tête selon notre culture et notre langue. C’est vraiment important de le partager pour contribuer à une vision, une compréhension globale de notre société, la richesse des différentes cultures.

Pouvez-vous élaborer sur le “background” culturel des artistes?

On a six artistes qui ont des provenances différentes. Nicole Bauberger est une artiste francophile. Elle a un “background” qui est plutôt anglophone, mais elle travaille beaucoup avec la communauté francophone. C’est intéressant ce partage-là qu’on a aussi. On travaille aussi avec des artistes francophiles. Maeva Esteva a vécu une bonne partie de sa vie en Polynésie française. Elle apporte une autre esthétique à cette exposition et une vision très contemplative de la femme, de sa sensualité, de sa beauté. Elle le fait avec du pastel sur papier noir. Sinon, on a des artistes comme Sylvie Binette qui ont un “background” francophone, travaillent beaucoup en médiation culturelle et font des projets à caractère plutôt social, parfois activiste, pour faire passer des messages. Marie-Hélène Comeau est très impliquée dans la communauté comme artiste francophone qui travaille auprès des jeunes et des écoles. Elle travaille beaucoup l’aspect éducatif. Elle a fait des portraits des femmes de la communauté. C’est intéressant dans une petite communauté comme ici de reconnaître ces portraits-là, cette beauté-là qui a été mise de l’avant. Joe La Jolie est une artiste multidisciplinaire. Elle produit énormément. Elle travaille en danse, en maquillage, en arts visuels et elle a fait une série de maquillages et de portraits de femmes pour l’exposition. Françoise La Roche fait des broderies. Elle a exploité le thème de “Nous, aujourd’hui” par le biais d’un hommage qu’elle a rendu à des artistes, femmes écrivains. Elle a pris deux femmes, deux écrivaines du passé et deux écrivaines du présent pour faire leurs visages en broderie. Elle explique son œuvre par le fait que ce sont des femmes qui sont des humanistes et certaines étaient d’autrefois plus féministes. Le féminisme se travaille, se transforme selon les époques. Pour elle, ce sont des femmes qui ont fait avancer les mentalités.

La Journée de la Femme est le 8 mars, 2021. Pouvez-vous élaborer sur le thème de l’exposition? Comment les artistes ont-ils exprimé leur point de vue sur le sujet? Selon vous, quelle est l’importance de la voix féminine francophone dans la sphère culturelle canadienne?

La plupart des artistes qui ont travaillé sur le thème de l’exposition ont travaillé de façon contemplative par rapport à la féminité. La plupart des artistes ont moins fait passer des messages. Elles sont plutôt allées par la douceur de l’hommage à la beauté féminine. Si je prends le travail de Françoise La Roche, elle met de l’avant ces artistes qui ont fait évoluer les mentalités et j’avais une discussion avec elle qui était intéressante par rapport à ce qu’est le féminisme aujourd’hui. Le féminisme s’est transformé. Nos mères, nos grand mères, celles qui ont travaillé pour nous amener où on est aujourd’hui, elles avaient certaines préoccupations qui ont évolué avec le temps et maintenant les féministes sont plutôt rendues, de mon point de vue, humanistes. C’est à dire que les femmes en arts, les femmes artistes de la communauté canadienne et mondiale, selon les situations, travaillent un peu plus main dans la main avec les gens des autres genres, avec les artistes masculins, les gens de toute communauté et ont une vision de faire évoluer des mentalités. Ce n'est pas simplement par rapport aux droits des femmes, mais aux droits de tous. On a fait attention de dire que c’est pour tout le monde. C’est pour tous les gens qui ne sont pas au sommet de l’échelle des privilèges. Où on est rendu maintenant, où est-ce qu’on s’en va, est-ce que c’est assez avancé?

Avez-vous des expositions à venir?

Pas pour l’instant. Notre programmation a évolué ces dernières années. On préfère garder cette exposition une fois par année pour l’instant. L’année prochaine ce serait la même exposition, mais avec d’autres artistes. La galerie Arts Underground est un excellent partenaire. Ça fait six ou sept ans qu’ils font place tous les ans pour un mois à une exposition d’artistes francophones. C’est très ouvert de leur part.

Crédit : Arts Underground

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Crédit : Emilie Sheff

Virginie Hamel
Gestionnaire en arts et culture, Association franco-yukonnaise

L'entrevue a été menée pour le webzine IDÉLLO par Amelia Newsome

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